Journaliste, peintre et historien de l’art, Pierre Jean Dieubon construit son parcours à la croisée de l’image, de la mémoire et de la transmission.
Chez Pierre Jean Dieubon, les métiers ne semblent jamais vraiment séparés. Journaliste, peintre, historien de l’art et ancien enseignant, il évolue dans plusieurs espaces, mais avec une même préoccupation : regarder, comprendre et transmettre.
Depuis quelque temps, il travaille à la Télévision nationale d’Haïti (TNH), où son expérience journalistique prolonge naturellement son rapport à l’image et au récit. Avant cela, son parcours pédagogique l’a conduit au Centre d’Art et à l’École nationale des arts (ENARTS), où il a enseigné à de jeunes générations appelées à prendre part à la vie artistique haïtienne.
Peindre ce que le regard rencontre
Dans sa peinture, Jeandieubon accorde une place particulière aux visages. Ils apparaissent nombreux, rapprochés, parfois presque confondus dans une même matière picturale. La couleur devient alors langage : le rouge, le bleu, le jaune ou les zones plus sombres participent à une composition où l’humain semble constamment partagé entre présence individuelle et appartenance collective.
Ses tableaux ne cherchent pas uniquement à représenter. Ils interrogent le regard. Derrière les figures, on peut percevoir des fragments de mémoire, des tensions humaines et une certaine manière d'observer la société.
L’histoire de l’art lui offre, dans cette démarche, une autre profondeur. Connaître les formes, les mouvements, les ruptures et les héritages permet de comprendre que toute image porte une mémoire. Le peintre ne crée donc jamais complètement en dehors de son époque : il dialogue avec ce qui l’a précédé tout en cherchant sa propre voix
Transmettre pour faire durer
L’enseignement constitue une autre dimension importante de son parcours. Au Centre d’Art comme à l’ENARTS, transmettre ne signifie pas seulement apprendre une technique. C’est aussi former le regard, encourager la recherche et donner aux jeunes artistes les moyens de comprendre leur propre langage.
Cette expérience pédagogique rejoint son travail de journaliste. Dans les deux cas, il s’agit de rendre accessible une réalité, de l’observer avec attention et de lui donner une forme.
La télévision, elle, impose le mouvement, l’actualité et la parole. La peinture ralentit le temps et conserve les traces. Entre les deux, Jeandieubon trouve un territoire commun : le regard porté sur l’humain.
Jeandieubon peut ainsi se lire comme une circulation entre plusieurs formes de connaissances. Le journalisme l’inscrit dans le présent ; la peinture lui permet de transformer le regard en matière ; l’histoire de l’art lui donne la mémoire ; l’enseignement inscrit son expérience dans la transmission.
C’est peut-être là que réside la singularité de son parcours. Il ne s’agit pas simplement d’accumuler des fonctions, mais de faire dialoguer plusieurs manières de comprendre le monde.
Chez l'artiste le tableau devient une mémoire silencieuse, la caméra un témoin du présent et l’enseignement une manière de prolonger le regard. Trois pratiques, trois langages, mais une même quête : observer le réel pour mieux en révéler les traces.
Godson MOULITE
Pierre Jean Dieubon, une figure de l’art contemporain haïtien

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