Le mondial touche à sa fin. Je suis balloté entre déception et émerveillement. Je suis déçu du parcours de mon pays torpillé par les choix tactiques douteux de son entraîneur et l’extase devant l’excellence d’un homme: Leonel Andrès Messi Cutticcini, désormais la Pulgoat ( anagramme de Pulga-puce- et de Goat, Greatest player of all time).
Je demeure convaincu avec un sélectionneur plus respectueux de ses engagements envers la fédération haïtienne de football (FHF), les Grenadiers auraient réalisé un mondial de toute beauté. Ils ne se seraient pas contentés d’y participer. Cette coupe du monde me laisse, à cet égard, un goût d’inachevé. Mais, je garde espoir que la sélection nationale continuera à disposer de talents pour rivaliser avec les équipes de la Concacaf et pourra composter son billet pour le prochain mondial en 2030.
La politique initiée par la FHF de rechercher les meilleurs joueurs haïtiens (ou nés de parents haïtiens en terres étrangères) évoluant à l’étranger aura été bénéfique à tous égards pour le sport roi en Haïti. D’autant que le PHTK et alliés après les stades invisibles poursuivent leur politique nécrosée en forçant les populations à l’abandon de régions entières pour échapper à la mort. Les bandits légaux nous coulent corps et biens au fond des flots de la bêtise, de l’avarice et de la mégalomanie.
Il faudra maintenir le cap sur la recherche des talents confirmés et en gestation de la diaspora haïtienne. À mon sens, cette politique, si elle se systématise peut à la fois garantir à Haïti un rôle de premier plan dans la zone Concacaf et servir de voie exploratoire quant à la manière d’intégrer globalement les expatriés dans la gestion de la res publica. Car, le football a permis au pays de retrouver sa place dans le concert des nations, malgré nos dirigeants.
La fédération ne doit pas surtout s’arrêter en chemin. Elle devra investir dans la durée en formant des cadres en tous genres pour l’avenir. Notamment, restructurer le championnat national, former les entraineurs haïtiens ainsi que gestionnaires des infrastructures nouvelles. Le tout dans une gestion transparente des fonds tant alloués par la Fifa et le gouvernement.
Par ailleurs, je croyais avoir atteint le seuil maximal de satiété après le 18 décembre 2022. En effet, Messi ce jour-là est entré au panthéon du football mondial. Les dieux ont mis le monde à ses pieds. Tout avait été dit. Tout était terminé. Non !Non ! Non ! Il lui restait une dernière danse avant de raccrocher les crampons en sélection.
Les match en phase de poule de l’albiceleste ont été acceptables. Ceux du second tour, inquiétants. Car, les argentins se sont difficilement imposés successivement contre le modeste mais vaillant Cap-Vert, l’Égypte et la Suisse. Face aux pharaons, ils ont remonté deux buts dans les derniers instants de la rencontre. Contre les Helvètes, l’expulsion puérile de l’attaquant Embolo leur ont rendu la tâche facile.
Et puis, est arrivée la confrontation contre les Anglais. Là, les Gauchos ont montré leur véritable visage. Le faux-rythme imposé aux matchs précédents était une stratégie du staff technique. Les trente premières minutes ont été âprement disputées entre les représentants de la Couronne et les descendants d’Evita Péron. La guerre des Malouines se passait sous nos yeux, sur la pelouse de l’Atlanta Stadium. L’arbitre Ismail Elfath a usé de psychologie pour calmer la tension quasi palpable entre les deux équipes.
La seconde période a été de toute beauté. Les anglais ont ouvert le score à la suite d’un long ballon de leur capitaine, Harry Kane, à destination de Bellingham. Ce dernier, adressa une passe à son coéquipier Rogers qui, d’un centre millimétré, mit en orbite le jeune Anthony Gordon. Le néo-catalan, catapulta le ballon au fond des filets de Emiliano « Dibu » Martinez. L’ailier anglais a été bien aidé par les errances défensives du latéral argentin, Molina.
Pour beaucoup, le match était plié. L’Argentine ne possédait pas les ressources nécessaires pour revenir au score. Messi sans bruit, est sorti de sa lampe. Il avait, dès l’hymne argentin, montré toute sa détermination, toute sa rage. Cette rencontre face aux anglais, n’est pas qu’un simple match de football. C’est la guerre contre un ennemi honni qui a assassiné des centaines d’innocents. Pour les Argentins, le sang des leurs n’est pas encore séché par le temps. Le sera-t-il un jour ? Non. Peut-être si un jour les anglais décident de rétrocéder ces terres.
Dos au mur, Leo Messi, comme à son habitude, a pris le destin des siens en mains. Devrais-je dire, dans ses pieds. Il s’est de nouveau déporté sur la droite de la défense anglaise, comme il l’avait fait contre les égyptiens, pour se transformer en rampe de lancement des assauts argentins. Ses centres au cordeau ont semé la panique chez ses adversaires. Au lieu de jouer crânement sa chance, l’entraineur britannique, Thomas Tuchel, a reculé faisant entrer en jeu pas moins de six défenseurs. Messi le virtuose a multiplié les appels sur le côté droit, rentrant parfois sur son pied gauche. A la suite d’un énième corner joué en deux temps, il a fixé deux adversaires et adressé un amour de ballon à Enzo Fernandez qui a crucifié le portier Pickford. Le match était relancé.
Le quatrième arbitre ayant affiché neuf minutes de temps additionnel, la question était de savoir si les anglais allaient tenir jusqu’au coup de sifflet final. Ils n’ont pas tenu. Messi, à l’affut, a récupéré en dehors de la surface un ballon, consécutif à une frappe de Mc Allister repoussé miraculeusement par la base du poteau droit de Pickford que le latéral Spence a réussi à dégager en catastrophe. Il fixa ce dernier et le jeune O’Reilly pour centrer sur la tête de Lautaro Martinez. Reprise imparable de ce dernier. Deux buts à un. Cette nouvelle remontada témoigne de la force de caractère de cette équipe. Elle n’abandonne jamais. Elle fait preuve de solidarité, de hargne (grinta) et d’une grande combativité. Les footballers de la Plata défient à la fois les pronostics et les statistiques. En effet, je n’ai jamais assisté à une victoire argentine dans une compétition majeure quand elle encaisse un but la première. Cette sélection l’a fait à deux reprises dans ce mondial.
Au-delà de ses victoires, l’équipe d’Argentine rappelle aux incrédules que le football, sport planétaire, repose sur des valeurs propres à chaque société. Ainsi, chaque pays s’exprime sur le terrain selon les us et coutumes du terroir. Autrement dit, le football est un savoir-faire et une manière d’être tant dans son approche que dans son expression. Un brésilien ne joue pas comme un argentin. Il en est de même d’un britannique et d’un espagnol.
Les nombreux échecs de Messi en sélection ont été le fruit d’un choc culturel du jeune catalan qu’il était découvrant le football argentin[1]. Il s’est adapté grâce au staff technique. Et, ses coéquipiers se sont adaptés aussi à son jeu. Cet interactionnisme argentin leur a permis de remporter quatre titres et d’accéder à une nouvelle finale de coupe du monde.
Messi est devenu un joueur roublard, capable de se coucher pour gratter quelques secondes et permettre à son équipe de respirer. Avant lui, un certain Diego Maradona agissait ainsi. Je l’ai vu, en fin de partie, hier, tomber en se saisissant du ballon des deux mains, comme son illustre devancier.
Pour les amants des statistiques, Messi a marqué jusqu’ici huit buts etassisté quatre fois ses coéquipiers. Mais, au-delà des chiffres, il y a l’intangible. Les dribbles, les feintes, les signes placements et replacements des partenaires, et surtout l’intelligence de pouvoir lire le jeu en temps réel. Je crois qu’avec Messi le monde est à court de qualificatifs et de comparaison. Je vous le dis : je n’ai plus de mots pour exprimer ce qu’il représente ni ce qu’il réalise sur le terrain. La concurrence est balayée. Éteinte.
Après tout, Messi a repoussé les limites de son sport en défiant l’âge. Il n’a certes plus ses jambes de vingt ans et ne peut donc plus accélérer comme avant. Pourtant, il maitrise mieux qu’avant le terrain. Il anticipe le placement de ses adversaires et sait comment positionner ses partenaires. Quand tout va mal dans le camp albiceleste, Messi ne se défile pas. Il prend ses responsabilités. Leo est devenu Messi Football. Et ce peu importe le résultat de la finale contre ses frères espagnols dimanche.
*
1- Lisez à ce sujet Patrice Dumont dans son ouvrage Messi et le choc culturel entre le Barca et l’Argentine.
Messi, Messi, Messi!

Franck S. Vanéus 49
Avocat et Philosophe...
0 Commentaires