À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, célébrée chaque 2 avril depuis 2007, le Club Santé Mentale : Le Refuge du Bien-être a frappé un grand coup dans le paysage associatif haïtien. Dans le cadre de sa rubrique innovante « Psycho-Ciné », le club a investi les locaux du Centre culturel Pyepoudre pour la projection du film Hors Normes (2019). Cette initiative, coordonnée et animée par Jonathan Tilo Saint-Hilaire, fondateur du club, visait un objectif crucial : sensibiliser la communauté haïtienne à une réalité encore largement méconnue et souvent drapée de tabous en plein XXIe siècle, surtout en Haïti.
Transformer la perception de l’autisme en Haïti : le vibrant plaidoyer du Club Santé Mentale "Le Refuge du Bien-être"

Une immersion au cœur de la différence
Le choix de Hors Normes n’est pas anodin. Cette œuvre, inspirée de faits réels, plonge le spectateur dans le quotidien de jeunes autistes et des éducateurs qui les accompagnent hors des cadres institutionnels classiques. À travers des scènes poignantes, le film met en lumière les limites des systèmes existants et la force de l’engagement humain face à l’exclusion. Jonathan Tilo Saint-Hilaire, en tant qu’animateur et coordonnateur de l’événement, a rappelé que l’enjeu de cette activité dépassait le cadre du divertissement :
"Il s'agit de mettre en lumière la complexité de la situation en Haïti et la réalité quotidienne des familles qui naviguent avec ces différences."
Déconstruire les mythes entourant l'autisme dans le monde et particulièrement en Haïti
Pour approfondir la compréhension du public, deux interventions majeures ont marqué les échanges. Germanie Fieffé, étudiante en psychologie à la Faculté d’ethnologie (UEH), a ouvert le débat par une présentation didactique essentielle. Elle a tenu à rappeler une vérité fondamentale : l’autisme n’est pas une maladie, mais une condition neurodéveloppementale. Son intervention a permis de déconstruire les croyances mystiques souvent associées aux comportements atypiques en Haïti. Elle a également mis en garde contre les « diagnostics sauvages », insistant sur la nécessité de recourir à des professionnels qualifiés.
Dans la continuité, le professeur Pascal Nery Jean-Charles, vice-président de l’Association haïtienne de psychologie (AHPsy) et représentant du centre La Petite Chenille, a apporté un éclairage clinique et humain. Il a souligné que l’autisme n’est ni une conséquence d’un manque d’éducation ni une fatalité.
Un diagnostic alarmant de la situation nationale
L’échange a mis en évidence plusieurs réalités préoccupantes en Haïti : les méthodes d’enseignement actuelles ne prennent pas en compte les besoins spécifiques des enfants autistes ; il y a une absence de politique publique au plus haut niveau de l’État, pas de subventions pour les institutions spécialisées ; face au manque de ressources, les parents affrontent la détresse, et de nombreux parents se retrouvent démunis ; il y a également un accès limité au diagnostic, surtout dans les zones rurales.
Utilisation du cinéma pour mieux sensibiliser
Le public, ému et impliqué, a participé activement en partageant des témoignages poignants. Cette interaction a confirmé l’importance de la rubrique « Psycho-Ciné » comme outil d’éducation citoyenne.
En clôturant la séance, Jonathan Tilo Saint-Hilaire a réaffirmé l’engagement du Club Santé Mentale : Le Refuge du Bien-être à poursuivre ce travail de plaidoyer. Plus qu’une simple projection, cette rencontre a agi comme une sonnette d’alarme, appelant à une société haïtienne plus inclusive, informée et capable de porter un regard respectueux sur la santé mentale et les troubles du neurodéveloppement.
Djoulika Saint-Hilaire
La Rédaction 276
Kafounews
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