Haïti-Insécurité: Qui ne dit mot consent

Haïti-Insécurité: Qui ne dit mot consent

Quand les fondements sont ébranlés, le juste que ferait-il? C'est par cette question rhétorique, traduisant le cri déchirant de son coeur, que le psalmiste David s'est plaint de l'effrondrement de la société israélite pré-chrétienne qui produisait des individus qui s'adonnaient à une rare injustice et à la violence aveugle. Au-delà de son cadre religieux, nous pouvons tous être d'accord sur ce cri déchirant qui interpellait les concitoyens du psalmiste à agir contre l'effondrement de leur communauté sous l'emprise de l'injustice et de la violence. A bien des égards, la société haïtienne est en train de s'effondrer en raison de l'institutionnalisation de l'injustice dont le corrolaire est la violence dans ses dimensions politiques et civiles. Nous ignorons les normes et les institutions sans lesquelles la vie sociale n'est plus possible. Ce pays est transformé en une véritable jungle où prévaut la loi du plus fort et où le fameux homo homini lupus devient notre triste réalité. Le plus inquiétant, c'est que cela se passe sous l'oeil désintéressé de ce qu'il convient désormais d'appeler, et bien malheureusement, la majorité silencieuse. Mais majorité silencieuse, dis-moi qui tu es?

Cette majorité silencieuse est une masse hétérogène d'individus allant du citoyen inconnu et exclu de la société formelle au citoyen perché sur les hauteurs de Port-au-Prince. Cette majorité silencieuse inclut celui qui est aliéné du pouvoir public et celui qui en est bien nanti, parce qu'occupant une fonction à un niveau quelconque dans la gestion de l’État ou parce que connaissant quelqu'un qui peut lui permettre d'en user en toute impunité. Cette majorité silencieuse comprend aussi celui dont l’État haitien ne s’était pas soucieux de son éducation pour en faire un citoyen utile ainsi que celui qui a gagné les titres académiques les plus respectables et les plus respectés mais qui, par bassesse, est incapable de se rendre utile à notre Ayiti chérie. Dans cette majorité silencieuse, on trouve également le croyant comme l'incroyant, le chrétien comme le vodouisant, le religieux comme l'irreligieux, le policier aussi bien que le civil. Cette majorité silencieuse se compose de chômeurs, de salariés et d'entrepreneurs, de patrons et d'ouvriers, d’hommes et de femmes, de jeunes et d'adultes qui ne se sentent pas concerner par l'effondrement de la société haïtienne. En conséquence, nous nous retrouvons être citoyens d'une société anomique, d'un pays fantôme n'existant ni sur le “papier ni dans la réalité” pour reprendre les mots du concitoyen Joseph Jouthe, premier ministre de facto et premier ministre inexistant dans un pays inexistant.

Cette majorité silencieuse a peur de tout et de tous. Le pire, c'est que sa peur est contagieuse car, sous l'apparence de se soucier du bien-être du citoyen engagé, la majorité silencieuse tente par des discours rationnalisants pour certains, et métaphysiques pour d'autres, à dissuader le citoyen engagé dans ses justes et légitimes revendications socio-politiques et économiques. C'est cette majorité silencieuse que nous interpellons.

Haïti-Insécurité: Qui ne dit mot consent

Nous rappelons à cette majorité silencieuse que l’Etat se doit d’assurer la paix et la stabilité politique afin que les citoyens puissent vaquer à leurs activités sans craindre d'être kidnappés, séquestrés, torturés, violés, rançonnés et tués. Nous rappelons à cette majorité silencieuse que depuis trois jours, les écoliers de la commune de Carrefour occupent la voie publique pour faire comprendre aux autorités haïtiennes qu'ils veulent aller à l'école sans craindre d'être kidnappés. Nous rappelons à cette majorité silencieuse qu’elle a tort de stigmatiser ces écoliers en les traitant de délinquants, de ratés, de voyous et autres expressions stigmatisantes. En effet, s'il fallait stigmatiser, nous devrions commencer par nos dirigeants car ils sont les vrais délinquants, les vrais ratés et les vrais voyous. Ils sont là où ils ne devraient pas être comme ces écoliers qui auraient dû être en salles de classe plutôt que dans les rues de Carrefour en quête de la libération de leur camarade des mains des ravisseurs. Les vrais délinquants, ceux qui se plaisent à se considérer comme des bandits légaux, ont conduit ces écoliers, apparemment délinquants, sur le béton pour la libération de leur camarade.
A cette majorité silencieuse, nous disons que l'heure est enfin arrivée de sortir du silence. Et si malgré tout elle se sent incapable de faire entendre sa voix, de prendre position contre l'injustice, l'impunité et la violence, qu’elle ne daigne pas dissuader les citoyens engagés qui veulent vivre dans un pays réel, un pays qui existe dans les lois, dans les institutions et dans les pratiques quotidiennes avec de vrais dirigeants qui sont motivés à servir les citoyens au lieu de se servir et d'être servis par les citoyens. Nous interpellons la majorité silencieuse à combattre pour le règne de la justice et de l'instauration de l’État de droit car seule la justice peut élever notre Ayiti chérie.



Auteur : Citoyen Ken

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La Rédaction 212

Kafounews

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3 Commentaires

  • Franck COLBERT, professeur du second degré en mathématiques

    January 23, 2021 - 02:08:51 PM

    Je trouve que ce n'est pas normale de continuer à vivre dans un tel climat de l'insécurité. Est-ce que nous pouvons laisser le pays dans cette situation ? Que faisons-nous pour libérer Haïti ? Haïti ne doit pas rester comme ça.

  • Moïse

    January 23, 2021 - 02:11:53 PM

    Très beau texte.

  • François jeridson

    January 28, 2021 - 12:44:30 AM

    J'suis plus qu'eblouie.